La centrale thermique de Gennevilliers

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Puissance électrique

De 1922 à 1985 Au coeur de la puissance électrique

Active de 1922 à 1985, la centrale thermique de Gennevilliers fut à son époque la plus puissante du monde. Le Port autonome, aujourd’hui propriétaire du site rendu aux friches, prépare une exposition sur ce glorieux passé technologique et économique.

Le quartier résidentiel et artisanal du Petit-Gennevilliers et du pont d’Argenteuil, havre des peintres et des régatiers, à l’image de Gustave Caillebotte qui y avait établi sa demeure et ses ateliers, connaît à la fin du XIXe siècle de profonds bouleversements liés à l’industrialisation de la ville. En 1895, Louis Seguin construit un atelier de fabrication de moteurs, embryon de l’entreprise Gnôme-et-Rhône, future Snecma.
À proximité de cette importante entreprise naissante s’édifie, entre 1920 et 1922 sous la houlette de l’Union d’Électricité, la plus grande centrale thermique de France, voire du monde. Au sortir de la Grande Guerre, le pays se reconstruit et la demande en électricité est forte. Le souci est aussi d’uniformiser la production et la distribution d’énergie électrique en région parisienne. Le site de Gennevilliers en bord de Seine est idéal, qui associe la grande quantité d’eau nécessaire au cycle d’exploitation d’une centrale à une emprise foncière suffisamment vaste pour y bâtir de tels équipements. De surcroît, les voies de communications fluviale et routière permettent aisément l’approvisionnement en charbon du « monstre électrique ».
Le chantier est gigantesque, à la mesure du projet. Près de 1 300 personnes, dans des conditions souvent très éprouvantes sinon dangereuses, s’y activent pour construire un quai de 160 mètres de long, ériger les bâtiments (à elle seule la salle des machines, dont les fondations en béton armé et les murs sont portés par 2 500 pilotis, mesurait 92,50 mètres de long sur une largeur de 24,50 mètres !), draguer la Seine pour l’accès des péniches ou creuser un parc à charbon d’une capacité de 60 000 tonnes. Début 1922, le recrutement bat son plein jusque dans les communes voisines. La centrale possède une capacité de 210 MW (mégawatt) avec ses groupes turbo-alternateurs les plus puissants du monde, et son système de distribution est très sophistiqué pour l’époque, du fait de l’usage de câbles souterrains. Gennevilliers alimente alors en énergie électrique l’ensemble de la région parisienne.

Des bombes et des toiles

Puissance électriqueDès la fin de l’année 1922, 1 082 personnes, dans des conditions de travail souvent pénibles et risquées, font de cette centrale la plus importante d’Europe, la puissance passant à près de 800 MW en moins de dix ans. Plusieurs fois avant la guerre, la centrale est modernisée pour augmenter sa capacité de production.
Elle est durement touchée par les bombardements alliés en 1942 et 1944 et subit, tout au long de l’Occupation, des mouvements incessants de personnel en raison des conséquences de la guerre sur le destin des hommes.
Comme partout en France, l’année 1945 est celle de la reconstruction et de la relance économique pour Gennevilliers. À la centrale, de nouveaux progrès techniques arrivent des Etats-Unis. En 1946, elle passe dans le giron d’EDF et de son groupe de production thermique.
Ce vaste domaine de la vapeur et de la fumée, des hautes cheminées et de l’énergie, a inspiré les artistes. Jean Lugnier a peint en 1932 son tableau, « Usine électrique », désormais accroché dans la salle de réception de l’Hôtel de ville.
« L’usine et les grues, note un commentateur, évocation de notre modernité, témoignent d’une ville en perpétuelle construction. » Entre ciel et Seine, le peintre a surtout travaillé les reflets et les jeux de lumières, un peu à la manière impressionniste, délaissant le labeur des hommes, complètement absents de cette oeuvre. La fille du peintre Paul Signac, Ginette Cachin-Signac, a laissé aussi un témoignage de la centrale en 1951 dans son tableau « Le Bassin à Gennevilliers», où la centrale s’inscrit dans le mouvement plus large du port naissant.
Entre 1950 et 1955, trois nouveaux groupes haute pression de 110 MW remplacent les anciens groupes turbo-alternateurs usés et presque obsolètes. En 1955, la production a quintuplé par rapport à 1939, passant de 211 000 de MWh (mégawatt-heure) à plus de 1 million.
« La Centrale est une véritable ville, raconte l’historien Robert Quinot qui se fait reporter dans une suite d’articles de La Voix populaire de 1959, avec son parc à charbon de plusieurs hectares, sa gare charbonnière, capable d’assurer le déchargement, le stockage et le transport de 7 000 tonnes de charbon par jour, ses chaufferies, ses convoyeurs, la salle de commande, la station de filtrage d’eau, sans compter les installations du poste Fallou, reliées au réseau à 220 000 volts par trois lignes aériennes et un câble souterrain récemment achevé. »

L’apogée de la centrale dure jusqu’en 1965 alors que le fioul a progressivement remplacé le charbon. Mais bientôt, avec la crise pétrolière de 1973, le nucléaire devient prioritaire par rapport au thermique. Les installations de la centrale ferment les unes après les autres jusqu’à son arrêt définitif en 1985. Une importante station d’essais et de recherches d’EDF et un centre de formation prolongent l’activité sur le site, rappelant que Gennevilliers fut à la pointe de l’innovation en matière de production électrique pendant près d’un demi-siècle. Fin 2005, son dernier bâtiment est démoli par des tirs d’explosifs en pleine nuit. Désormais propriété du Port autonome, le terrain de l’ancienne centrale servira à son extension vers l’ouest, perpétuant la vocation économique d’un site à l’histoire remarquable.

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