Alfred Durand-Claye, initiateur de l’épandage à Gennevilliers

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La statue d’Alfred Durand-Claye

Retour sur une aventure humaine et agricole au XIXe siècle Déplacement de la statue d’Alfred Durand-Claye

La statue d’Alfred Durand-ClayeEn raison de la construction du nouveau centre municipal de santé cet automne, le buste d’Alfred Durand-Claye, installé rue de la Paix, sera à nouveau déplacé. Inauguré en août 1894, ce buste a orné la place Voltaire d’Asnières jusqu’en 1928 où il trouva sa place actuelle à Gennevilliers. Mais qui est cet Alfred Durand-Claye, dont la statue trône dans notre ville depuis près d’un siècle ?


Inventeur astucieux
Né en 1841, Alfred Durand-Claye est un brillant élève du collège Sainte-Barbe, le plus ancien collège parisien (entre la bibliothèque Sainte-Geneviève et le lycée Louis Le Grand) jusqu’à sa fermeture en 1999. Aussi doué dans les matières littéraires que scientifiques, Alfred Durand-Claye cultive aussi le goût des arts ; il est un excellent musicien. En 1861, il entre major à l’École polytechnique et sort major de l’École des ponts et chaussées cinq années plus tard. Il rejoint alors le laboratoire de cette école où il seconde son frère Léon. Alfred Durand-Claye est spécialisé dans les questions d’assainissement et de stabilité.
La statue d’Alfred Durand-ClayeCe sont ces questions d’assainissement qui le rattachent à Gennevilliers. Il y pensait depuis longtemps déjà : « C’était en 1861. J’étais à l’École polytechnique. Le dimanche, mes camarades et moi, nous avions l’habitude de distribuer des secours aux familles pauvres des maisons voisines de l’École : c’est là que j’ai conçu l’idée de la disparition des vidanges de la maison. De toutes les chambres, des émanations infectes s’exhalaient : j’eus dès lors l’ambition de consacrer ma vie à ce grand problème de l’assainissement de Paris.» En 1865, le réseau des égouts de Paris et ses collecteurs (dont les débouchés sont situés à Clichy et à Saint-Denis) est achevé mais les immondices continuent à être déversés dans la Seine, ce qui ne manque pas de provoquer formations d’alluvions, pollutions et risques d’épidémie en aval de la capitale. L’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées attaché à la Ville de Paris Durand-Claye propose un système d’épandage des eaux usées. Ce procédé d’épandage consiste à répandre les eaux d’égout sur de grandes surfaces de terrains sableux où elles s’infiltrent. Il s’agit donc d’une épuration naturelle par filtrage. De surcroît, ces eaux sales véhiculent de l’azote, de l’acide phosphorique, de la potasse et d’autres matières organiques qui constituent un engrais naturel permettant de fertiliser des terres pauvres.
A la fin des années 1860, Gennevilliers possède tous les atouts pour devenir la zone d’expérimentation de ce système d’épandage : sa situation face à la sortie des deux collecteurs des égouts de Paris, son site de presqu’île et de vaste plaine sableuse et perméable, encore peu bâtie et peu industrialisée.

La statue d’Alfred Durand-ClayeTerres d’expérimentation
En 1869, la Ville de Paris achète et aménage un terrain de 6 hectares, chemin des Caboeufs (Grésillons), près de la Seine. Les eaux usées parisiennes arrivent de l’autre côté du fleuve par un système de pompes et de conduites dans un réservoir et des bassins d’épuration puis dans des champs d’essai. Ce domaine est bientôt connu sous le nom de « Jardin modèle » et cinq de ses hectares sont loués à des maraîchers gennevillois. Devant le succès de ce système, caractérisé par l’importance des rendements et la variété des espèces cultivées, les terres d’épandage s’agrandissent.
En 1895, ce sont 795 hectares (deux tiers des terres cultivées de la commune) qui sont ainsi irrigués. Les maraîchers gennevillois sont réputés, car ils fournissent alors aux Halles de Paris entre 20 et 25 % des légumes et primeurs. L’épandage a fortement modifié la physionomie de Gennevilliers au point de vue agricole mais aussi urbanistique et démographique. Le système est définitivement abandonné en 1964 alors qu’il ne reste plus qu’une soixantaine d’hectares irrigués de cette façon.
Malgré les succès de la culture maraîchère, des réticences se sont toujours exprimées par rapport au procédé conçu par Durand-Claye. La monographie de Gennevilliers de 1898 précise : « lorsqu’il fut question d’élever un monument à la mémoire de l’éminent ingénieur, la participation pécuniaire de la commune y fut refusée après une vive discussion (séance du conseil municipal du 10 mars 1891), et ce n’est que par des raisons de haute convenance que, le 20 octobre suivant, fut voté un crédit de 100 francs. »
La statue d’Alfred Durand-ClayeAlfred Durand-Claye ne fut pas toujours regardé comme un bienfaiteur par les Gennevillois. Pourtant, l’idée d’ériger une statue avait fait son chemin comme le rappelle cet extrait du discours d’hommage le jour de l’enterrement de l’ingénieur, en avril 1888 : « Si l’on élève des statues aux guerriers qui ont rendu à leur patrie des services glorieux en sacrifiant la vie de nombreux soldats, il serait à désirer que l’on rendît les mêmes hommages à Durand-Claye dont la trop courte carrière de savant et d’hygiéniste n’a eu qu’un but : sauvegarder la vie de ses concitoyens. » (*)

(*) Dans « Notice nécrologique sur Alfred Durand-Claye », Auguste Choisy, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, pp. 505-522. Annales des Ponts et Chaussées, Mémoires et documents relatifs à l’art des constructions et au service de l’ingénieur, 1888 (Gallica, BnF).
Remerciements au service des archives municipales.

Source : Gennevilliers Magazine de juin 2010, Jean-Michel Masqué

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